Le système de défense de Villefranche

 

 

 

 

 

Plan-type d'une fortification bastionnée

Le système de défense mis en place à Villefranche à l'initiative de Vauban à la fin du XVIIe siècle repose sur trois éléments distincts et complémentaires : la construction d'un fort placé au-dessus de la ville (Fort Libéria) ; le réaménagement des fortifications de Villefranche ; l'utilisation de la grotte de la Cova Bastera. C'est la technique de la fortification bastionnée qui est retenue. La fortification bastionnée a été inventée par des architectes italiens au début du XVIe siècle pour adapter la défense des villes à une arme nouvelle : le boulet de canon en fonte de fer. Ce dernier remplace peu à peu les boulets en pierre et a une puissance de feu qui rend inopérante les fortifications médiévales. La construction de bastions permet de mettre en place une ligne de défense en avant du rempart d'origine ce qui constitue un obstacle supplémentaire. Leur forme triangulaire offre moins de prise aux tirs frontaux. En outre, une série d'ouvrages défensifs (demi-lune, tenailles, contrescarpe...) est bâtie en avant du bastion, de façon à empêcher l'ennemi d'approcher en le soumettant à un feu croisé.

La cité de Villefranche est fortifiée dès les origines (fin XI/début XIIème siècle). Au moyen-âge, la ville occupait les 2/3 de sa surface actuelle. Les deux anciennes portes d'entrée, conservée lors de l'agrandissement de la ville à la fin de l'époque médiévale, ont été démolies en 1787 et en 1843. Au XIVème siècle, les fortifications sont modernisées, la ville est réputée imprenable comme en témoigne l'appellation que lui donnent les consuls en 1478 « caput et clavis» (la tête et la clef, du Conflent dont c'est la ville principale jusqu'en 1773). On y ajoute notamment les tours de flanquement. On élève également des tours au-dessus des portes d'entrée dans la ville. (porte du Comte, porte du pont Saint-Pierre).

La ville résiste aux conflits de l'époque médiévale mais tombe devant les français en 1654. Ces derniers, forts de leurs succès en Cerdagne, craignent cependant de voir leur communication avec la plaine du Roussillon coupée, si la ville tombait aux mains des Espagnols. Ils décident donc de faire raser une grande partie des fortifications ( selon Alain Ayats, 300 m de murailles côté sud et 4 des 8 tours). Restent 3 tours du côté  de la Cerdagne tandis que le côté du Roussillon est totalement rasé à l'exception de la porte du comte. Seul le côté Nord donnant sur la Tet est resté intact.

En 1668, malgré le traité des Pyrénées (1659), on décide de relever les murailles de la ville , de fortifier les entrées, en abandonnant le projet de réalisation d'un fort. Louis XIV fait connaître son opinion  : «  Il ne s'agit pas de faire à Villefranche une forteresse inexpugnable, mais seulement de la mettre en état que les espagnols ne la puissent attaquer facilement ». Ces travaux sont financés par les catalans qui doivent payer une taxe sur tout le vin et le fer qui passe par Villefranche.

En 1669, Vauban visite la ville et élabore un projet de grande ampleur qui comprenait la fortification de la ville et la création du fort. Ce projet est temporairement abandonné car trop onéreux.

Dans un premier temps c'est le projet de l'ingénieur du roi Saint-Hillaire qui est retenu. Il fait relever les murailles, les entrées, renforce l'ensemble par des bastions et des demi-lunes et intègre dans les nouveaux remparts la tour du Diable (1441-1454) près de l'église, la tour ronde enclavée dans le bastion du Roi, les deux tours semi-circulaires situées entre l'église et le bastion de la Reine, la tour enclavée près de la poudrière. La muraille est surmontée d'une galerie. Pendant les conflits qui agitent la province nouvellement annexée (Les Angelets 1669, le complot de Villefranche 1674 qui vise à livrer le Roussillon aux espagnols), les travaux avancent en fonction des entrées financières. Ils seront terminés en 1675.

 

La tour du diable

 

 

Une des tours médiévales semi-circulaire

Tour médiévale enclavée dans le bastion du roi

Vues extérieures et intérieures des remparts

 

Lorsque Vauban revient à Villefranche à la fin des travaux en 1679, il considère que le projet initial a été en partie gâté. Il insiste pour que soient réalisés la fortification de la Cova Bastera et le Fort. Le projet est accepté par Louvois (ministre de la guerre) en 1680, car contrairement aux années 1668, on décide de faire de Villefranche une véritable place-forte. Il recommande l'application des plans de Vauban.

Le fort

La Cova Bastera

La Cova Bastera est une grotte située sur les hauteurs de la ville . Elle est fortifiée par Vauban pour protéger le bastion de Corneilla et renforcer ainsi le système défensif de la ville côté vallée du Cady. Elle permet de prendre à revers des assaillants qui attaqueraient ce dernier. On y accède par une poterne creusée dans la contre-escarpe du fossé Sud.

 

Vues de la Cova Bastera

 

 

 

 

 

Quelques éléments de vocabulaire d'architecture militaire

Entre deux bastions se trouvent les courtines qui pouvaient contenir des meurtrières. Les soldats pouvaient surveiller la ville grâce aux échauguettes permettant une vue sur un large horizon. L 'originalité de l'enceinte c'est de comporter deux chemins de ronde superposés : l'un à hauteur du 2 ème étage des maisons , dans l'épaisseur des murs de la muraille et l'autre, au dessus couvert d'une toiture. Le chemin de ronde situé au Nord est à ciel ouvert, il possède des meurtrières pour tirer sur l'ennemi. Les murs possèdent aussi des mâchicoulis qui permettaient aux soldats de jeter des projectiles en cas d'attaque.

 

Echauguette à l'angle d'un bastion

 

Courtine entre deux bastions

Meurtrière

 

Cannonières

Mâchicoulis

Angle de mur à l'intérieur du chemin de ronde sur lequel les soldats affûtaient leurs épées

 

 

 

Au XIXe siècle sous Napoléon III, le système de défense de Villefranche est encore renforcé. Le fort est relié à la ville par un escalier souterrain fortifié.

Le fort vu de la ville, les parties basses datent du XIXe siècle

En outre, à la même époque un fortin est construit dans le massif des Embullas, sur un emplacement judicieusement choisi, permettant de s'opposer à toute attaque venant du chemin de Ria-Sirach, et la plaine du Roussillon objectif hors de portée du Fort Libéria. Il abrite des pièces d'artillerie légère en cas de conflits, mais n'est pas occupé en permanence. Il est constitué d'une petite casemate centrale, entourée d'une place d'armes circulaire,d'un parapet de tir, d'un fossé et d'un talus de contrescarpe, le tout, en pierre sèche.

 

Vue sur la plaine du Roussillon depuis le fortin

Vue du parapet de tir et de la contrescarpe